Le sport, porte étendard du sexisme ?

Remise du ballon d'Or à Ada Hagerberg


Lundi 3 décembre, Ana Hegerberg a reçu le 1er ballon d’or remis à une joueuse de football. Ce qu’on en est ressorti : savez-vous twerker ? C’est la question posée par Martin Solveig à la lauréate du plus prestigieux trophée individuel qu’un joueur ou une joueuse de football puisse remporter.

 

Cette sortie du DJ français nous rappelle que la problématique du sexisme dans le monde du sport est encore d’actualité et qu’un long chemin reste à parcourir avant d’arriver à une parfaite équité.

AFP

Gilles Simon contre l'égalité des salaires entre les hommes et femmes dans le sport

Le tennis en vitrine des débats qui agitent le monde du sport

Personnellement, après avoir pris connaissance de cet événement, j’ai tout de suite repensé aux propos tenus par Gilles Simon à l’été 2012 : "Je pense qu'aujourd'hui, le tennis masculin est vraiment en avance par rapport au tennis féminin. Les joueurs ont certainement encore passé deux fois plus de temps sur le terrain à Roland-Garros que les femmes. On parle souvent de l’égalité dans les salaires, je trouve que ce n'est pas un truc qui marche dans le sport. Je pense qu'on est le seul sport aujourd'hui où il y a la parité hommes-femmes au niveau des prize-money, alors que le tennis masculin reste plus attrayant que le tennis féminin à l'heure actuelle."


A l’époque, les réactions sont surtout venues du circuit féminin, à travers Maria Sharapova, Serena Williams ou encore Marion Bartoli. Elles ont très justement rappelé qu’elles aussi attiraient les foules (bien plus que ne peut le faire Gille Simon) et que, même si leurs matchs de Grand Chelem duraient moins longtemps, elles ne s’entraînaient et ne travaillaient pas moins que les hommes tout au long de l’année. Certaines joueuses expliquant d’ailleurs qu’elles seraient capables et souhaiteraient même pouvoir disputer des matchs en 3 sets gagnants.

Credit

Le beach volley féminin résume bien un certain état d'esprit qui entoure parfois le sport féminin

D'abord soit belle, tes résultats c'est secondaire

Le tennis est un bel exemple de la place qui peut encore être donnée aux femmes dans le sport. On leur demande avant tout de porter des tenues qui mettent en avant leur plastique. On part donc du principe que, dans le sport féminin, ce n’est pas la performance qui importe le plus, mais la beauté des athlètes.

 

Combien de fois a-t-on pu lire ou entendre des remarques, de quelque type que ce soit, sur le physique d’Ana Ivanovic, de Serena Williams,  de Pauline Ferrand-Prévot, d’Anaïs Bescond, d’Ivet Lalova ou encore de Federica Pellegrini ? Il n’y a qu’à lire nombre de commentaires sur différents grands sites d’actualité sportive pour constater qu’on en vient souvent rapidement à ne plus parler que du physique des sportives et que leurs résultats sont assez vite relégués au 2nd plan.

 

Un média grand public comme l’est France Télévisions n’aide pas non plus particulièrement à faire évoluer la vision que certains peuvent avoir du sport féminin. On  a par exemple déjà vu Laurent Luyat faire défiler des photos d’Ana Ivanovic à l’antenne pendant Roland-Garros, ou bien Nelson Monfort s’extasier devant la beauté du regard de Yuliya Efimova. On peut se demander où se situe l’analyse de la performance sportive dans ces moments-là. 

 

Il arrive également que des réflexions soient faites lorsque le physique d’une sportive de haut niveau ne rentre pas dans le schéma habituel. Ainsi, Amélie Mauresmo et encore plus Serena Williams ont été et sont toujours fortement moquées. Il est parfois uniquement souligné leur forte musculature et non pas les résultats particulièrement impressionnants qu’elles ont pu ou peuvent encore avoir aujourd’hui sur le terrain. De fait, si on parle de tennis, les 20 titres du Grand Chelem de Roger Federer viennent à l’esprit bien avant les 23 de Serena Williams.


   

Cela nous mène à un 2nd problème de fond : les femmes vont encore avoir sur certains sports des matchs plus courts ou des circuits moins longs. Cela peut avoir tendance à minimiser leurs performances et ainsi rendre les résultats des hommes plus prestigieux et donc plus marquants.

Harry How/Getty Images

Katie Ledecky après sa moisson de médailles aux J.O de Rio 2016

Des sportives mésestimées

On peut lister un certain nombre de cas dans lesquels la durée des épreuves ou la distance parcourue sont raccourcies pour les femmes.

 

Comme nous l’avons déjà évoqué, en tennis, les femmes se voient imposer des matchs en 2 sets gagnants en Grand Chelem contre 3 sets pour les hommes. En athlétisme, le 110m haies est ramené à 100m pour les femmes. En biathlon, on va raccourcir la longueur du circuit. Ou encore en cyclisme sur route, on va proposer des parcours réduits.

 

On se retrouve alors avec des sportives n’ayant pas forcément la reconnaissance méritée. Prenons l’exemple de Marianne Vos, qui compte à son actif pas moins de 3 championnats du monde et 5 flèches wallonnes. Avec un tel palmarès, un cycliste masculin serait connu, reconnu et considéré comme l’un des plus grands champions de sa génération. Marianne Vos, de son côté, parce qu’elle fait partie du circuit féminin où l’adversité est jugée comme beaucoup plus faible, peut voir ses succès être considérés comme normaux et sans grande valeur.

 

Autre sport, autre exemple, Shelly-Ann Fraser-Pryce. Cette dernière comptabilise six médailles olympiques (dont deux titres) et sept titres mondiaux. Résultat, au point culminant de sa carrière, elle était qualifiée de Bolt au féminin. Comme si l’athlétisme féminin ne pouvait exister que grâce aux performances masculines, ne pouvait vivre que dans son ombre.

  r.

Reuters

L'équipe de France de relais mixte des championnats d'Europe 2016

Le relais mixte en exemple

Finalement, au sein des sports ayant une assez forte couverture médiatique, seule la natation propose une épreuve où il est partiellement fait abstraction des genres. Sur le relais mixte, chaque équipe envoi deux hommes et deux femmes, qui vont chacun pratiquer la nage souhaitée. On se retrouve ainsi avec des hommes et des femmes pouvant s’affronter sur une même nage.

 

Ce genre d’épreuves pourra peut-être permettre de montrer que le sport n’est pas plus masculin que féminin, mais qu’il s’agit tout simplement de performances tout aussi remarquables, quel que soit le type d’athlète qui les réalise.

 

Il serait donc temps de changer de regard sur les sportives professionnelles. Il ne s’agit pas d’êtres fragiles incapables de subir les mêmes souffrances que les hommes. Il n’y a qu’à suivre des athlètes féminines sur différentes séances d’entraînement pour constater que les charges de travail supportées peuvent être tout aussi importantes. Mais surtout, il faudrait commencer à regarder le sport féminin avec davantage de respect et  apprécier les performances réalisées à leur juste valeur.

Comments 0

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Se connecter

Pas encore inscrit ?
S'inscrire

Réinitialiser le mot de passe

Retour à
Se connecter

S'inscrire

Retour à
Se connecter
Format de votre post
Poll
Article
Interview
Video