Tournoi des VI Nations- A L’AUBE D’UN RENOUVEAU

Crédit : Isabelle Curé


Alors que l’Angleterre était en route pour son troisième Grand Chelem consécutif, la défaite lors du Crunch marque un coup d’arrêt dans leur quête. L’Irlande en a profité pour assoir discrètement sa domination. Car il est vrai que les Irlandais ont construit leur victoire dans l’ombre des Anglais qui semblaient intouchables. Et pourtant, ce sont bien les Irlandais qui remportent le Grand Chelem loin devant les Gallois. Les Ecossais complètent le podium. Quant aux Anglais, ils ne terminent qu’à la cinquième place, devant les Italiens qui terminent eux derniers sans aucune victoire.

Avec un nouveau staff et de nouveaux joueurs, le XV de France avait l’occasion de se confronter aux équipes européennes. De se jauger aussi au niveau international, de communier avec son public, et de renouer avec la victoire. Avec l’objectif du Grand Chelem prôné par le nouveau sélectionneur Jacques Brunel.

Mais l’histoire en aura décidé autrement. Car les Tricolores s’inclineront dès la première rencontre. Un drop dans les arrêts de jeu de Jonathan Sexton assomme les Bleus. Et même s’ils ont résisté dans les dernières minutes aux offensives irlandaises, les Bleus n’ont pas réussi à développer leur jeu : peu d’occasions, duels perdus, fautes à répétition, avec comme simple munition la défense. Il faudra attendre la 70ème minute pour voir les Français aplatir dans l’en-but adverse. Seul éclair dans un premier match loupé qui les prive déjà du Grand Chelem.

En Ecosse, les Français entament la rencontre avec de nouvelles intentions. Un essai transformé, une pénalité, et les voilà qui mènent à Murrayfield. S’enchaine alors un chassé-croisé d’essais, et en rentrant au vestiaire les Français mènent toujours. Mais pour peu de temps encore. Car les Ecossais vont revenir petit à petit, pénalité après pénalité, trois points après trois points, ils vont reprendre l’avantage jusqu’à remporter la rencontre. Encore trop fautifs, les joueurs du XV de France n’arrivent pas à déployer leur jeu bafouillant toujours leurs fondamentaux (mêlées, touches). Et concèdent là une énième défaite. Le XV de France doit réagir pour limiter la casse et se doit de remporter son match face aux Italiens. Ce sera chose faite.

Match délocalisé à Marseille, un vendredi soir, les Bleus vont renouer avec la victoire. Après plus de 300 jours de disette, le XV de France met fin à sa série de défaite. Une longue année à attendre, à essayer sans voir les occasions débouchées sur une quelconque victoire. Tout n’a pas été parfait : deux essais encaissés en seconde période, manque d’automatisme, volonté de marquer absolument au pied au regret des supporters qui voulaient voir du spectacle. Qu’importe, la première victoire des Bleus est là, la première sous l’ère Brunel. De quoi être dans de bonnes conditions avant le Crunch.

Au stade de France, les Tricolores ont poussé les Anglais à la faute, les empêchant de développer leur jeu. Et même si dans les dernières minutes les Anglais ont persisté, ils n’ont pu recoller au score, ils n’ont pu franchir une ultime fois la ligne. Car les Français ont mis les armes pour contrer les attaques anglaises. Défensivement, les Bleus ont tenu, ils n’ont pas craqué, et remportent la bataille des rucks. C’est d’ailleurs sur un dernier grattage que les Tricolores remportent le match privant les Anglais de Grand Chelem.

Les Bleus tiennent leur seconde victoire, et pas n’importe laquelle : le Crunch. Ils empêchent ainsi les Anglais d’accrocher un troisième Grand Chelem consécutif Crédit : Isabelle Curé

Dernier rendez-vous pour les Bleus, les Gallois. Mais les Français ne réitèreront pas leur exploit : trop fautifs, trop d’imprécision, touches manquées, pénalités non converties, ballon rendu à l’adversaire. Et au final, le XV de France finit son Tournoi comme il l’avait commencé : par une défaite, terminant ainsi à la quatrième place loin derrière les Irlandais avec trois défaites pour deux victoires. Loin aussi de l’objectif fixé avant la compétition.

Beaucoup attendait de ce nouveau XV de France avec de nouveaux joueurs, peu expérimentés et jeunes, à l’image de Matthieu Jalibert, d’Antoine Dupont, de Yacouba Camara ou de Baptiste Couilloud. Des noms qui devraient revenir sur les tablettes du XV de France pour les prochaines échéances.

En manque de leader aussi. Il semblerait que Mathieu Bastareaud soit devenu en l’espace de deux rencontres, le leader qu’il manquait tant à ce XV de France. Transcendé sur le terrain, encourageant constamment ses coéquipiers, son retour à largement apporté un plus à cette équipe en manque de repères.

Crédit : Isabelle Curé

Il semblerait que Jacques Brunel dessine une nouvelle équipe en alliant jeunesse et joueurs expérimentés. De nouveaux visages, de nouveaux leaders, sans forcément changer réellement le système de jeu. Et si Jacques Brunel s’appuie sur les jeunes, c’est qu’ils ont le potentiel pour devenir de grands joueurs : technique, qualité de jeu, maturité. L’avenir leur appartient, et il semblerait qu’il inscrive en bleu.

L’espoir d’un sacre

Si de nouveaux visages ont fait leur apparition, les amateurs de rugby ont également pu suivre les Bleuets. Talentueux, les jeunes français ont souvent dominé leur adversaire. Contre l’Irlande d’abord. En Ecosse aussi où les Bleuets ont largement dominé la rencontre laissant entrevoir la possibilité d’un Grand Chelem. En démonstration totale face aux jeunes italiens, les Tricolores les ont littéralement étouffés avec onze essais inscrits et un score confortable de 78 à 12. Mais les Bleuets vont déchanter face aux Anglais. Impuissants, ils vont concéder leur première défaite, laissant échapper par la même occasion le Grand Chelem. Ultime occasion de pouvoir soulever le trophée, une victoire au Pays de Galles. Déterminés, les jeunes tricolores ne vont rien lâcher. Et même si l’Angleterre remporte son match face à l’Irlande, les Bleuets peuvent toujours espérer remporter la compétition. Pour cela, une victoire bonifiée. Une victoire acquise en première mi-temps mais dont le bonus se fera désirer. Il faudra attendre le dernier quart d’heure pour voir les Bleuets inscrire l’essai de la délivrance. Un essai collectif représentatif des forces de cette équipe qui prône le jeu de vitesse alliant passes et justesse technique. Il leur manquait un bonus, et au forceps, les Bleuets n’ont rien lâché bien déterminés à scorer pour soulever le trophée : ils deviennent ainsi champions d’Europe.

Juste techniquement, les Bleuets ont montré qu’ils avaient les ressources nécessaires pour remporter la compétition. Ils ont parfois récité leur rugby : touches parfaitement captées, ballons portés, mêlées, rapidité, jeu au pied de précision, polyvalence, jeu collectif, rien n’est laissé au hasard chez les jeunes Bleus. Et même s’ils ont déjà la tête au mondial qui se déroulera en France à partir de mai, il est bien possible que ces jeunes bleus incarnent ce renouveau tant attendu dans le rugby français. 

Le Grand Chelem des Bleues

Si leurs homologues masculins ont parfois trébuché, les filles du XV de France ont très largement dominé la compétition. Elles ont développé un jeu porté par le mouvement, la rapidité, faisant de leur mêlée une force plus qu’essentielle. Elles ont d’ailleurs récupéré un bon nombre de ballons sur ces phases de jeu. Solides en défense aussi, les joueuses du XV de France ont cadenassé sans encaisser énormément de points. Et même si parfois tout n’a pas été juste, les Tricolores ont du cœur, elles sont déterminées à remporter leur match toujours à la poursuite du Grand Chelem. Que ce soit face à l’Irlande, en Ecosse ou contre les Italiennes, les Françaises ont récité leurs gammes : essais après essais, elles ont construit leurs victoires sans laisser une miette à leurs adversaires. Elles infligent d’ailleurs un 50-0 aux Italiennes, une rencontre qui s’est déroulée en Corse, une première.

Les Françaises ont ravi le public avec leur jeu simple et efficace Crédit : Isabelle Curé

Face aux Anglaises, les Françaises ont puisé dans leurs ressources. Le XV de la Rose domine la rencontre, mais les Françaises vont multiplier les offensives jusqu’à aller inscrire un essai dans les dernières minutes. Une victoire si précieuse dans leur course au Grand Chelem. Au Pays de Galles, les Tricolores vont très vite planter le décor d’une rencontre à sens unique. Elles remportent leur cinquième match synonyme de Grand Chelem. Les Françaises peuvent exulter : elles sont championnes d’Europe, avec ce parcours sans faute. Elles ont dominé l’ensemble de ce Tournoi des VI Nations 2018. Elles ont joué juste, alliant vitesse, technique et jeu au pied.

Le Tournoi féminin est le reflet parfait de leur qualité de jeu. Car si le rugby est avant tout un sport de combat, elles ont prouvé qu’il été possible de prôner un jeu d’évitement. Et qu’être joueuse de rugby, c’est aussi rallier les foules. A Toulouse, c’est plus de 10 000 spectateurs qui sont venus les soutenir, et à Grenoble, les Françaises ont pu compter sur le soutien de plus de 17 000 supporters. De quoi donner de l’élan au rugby féminin qui a un bel avenir devant lui avec une équipe de France jeune et talentueuse. Car elles aussi participent au renouveau du rugby français.

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