Echec attendu

Oui le Real est habitué à briller en Champions League malgré des saisons mitigées. Oui le Real est le Roi des Coupes d’Europe. Oui ce Real. Le Roi est mort, vive le Roi.


Non le Real Madrid n’a pas disparu, ni aujourd’hui, ni hier, quoique.

S’il n’a pas au sens propre « rendu l’âme », on peut dire qu’hier (c’est-à-dire à la veille de cette saison), il a pourtant bel et bien perdu un peu de son âme.

Si comme à son habitude de cette décennie le mythique club en blanc attend en général le mois de Mars pour emballer son public, cette coutume passait cette année par une affiche de marque, et remarquée, tant le match aller a été emballant.
Belle promo que ce 1-2 bien payé pour le Real à la Johan Cruyff ArenA, et quelle vitrine pour le football, tant le contenu de l’Ajax avait un parfum de fraîcheur.

Public et spécialistes ne s’y trompant pas, tout le monde attendait la livraison du match retour de pied ferme.

Tout le monde ? Non ! Pas le Real visiblement, et cette erreur est symptomatique des dysfonctionnements de la Maison Blanche depuis l’intersaison qui ne cesse d’envoyer des signaux de négligences et d’incohérences avec son ADN.

Le Real 2018/2019 fait TOUT à l’envers !

Si « gouverner c’est prévoir » alors le Real n’a plus de pilote. De là à expliquer le crash d’hier soir…

Entre une politique sportive difficilement lisible mais qui se révélait suffisante pour conserver son précieux titre de C1 malgré des carences sur le plan national compte tenu du manque de profondeur de l’effectif, et un mercato estival pour le moins appauvrissant en terme de qualité, le Real n’a pas su être prévoyant.

D’une part le Real s’est plongé lui-même dans une situation de transition extrême par manque d’anticipation, d’autre part il s’est ajouté des ennuis annexes découlant d’une certaine impression de laxisme autorisé ou du moins incité, provoqué par un désordre au sein de la direction même du club.

(Voir article précédent : "Quand les colosses s'érodent" )

Le Real affiche un bien pauvre visage qui s’explique en résumé par :
- une stratégie de stabilité de l’effectif sur les dernières saisons qui amène un vestiaire en fin de cycle dans son ensemble à une forme de lassitude
- la perte de 2 leaders : Ronaldo et Zidane
- la nomination d’un coach par défaut (Lopetegui), rapidement remplacé par un coach débutant (Solari) après que Sergio Ramos ait catégoriquement refusé l’arrivée d’Antonio Conte
- l’image de la direction semblant être dépassée sur tous les dossiers

Cette impression de club dépassé par les événements, surpris par l’annonce de départ de son coach et éprouvant les pires difficultés à recruter pour palier au départ de son joueur majeur ne ressemble en rien à ce que l’on connait du grand Real Madrid.
Le fait est que le mal a gagné l’ensemble du club, et que la baisse flagrante de rigueur a été globale cette saison.

Semaine infernale

Depuis le dernier article (soit une semaine) :
- le Real a déjà vécu une élimination en Coupe du Roi
- le Real a été définitivement écarté de la course au titre en Liga
(avec donc 2 défaites en Clasico en prime, laissant le Barça passer devant le Real aux statistiques des confrontations avec 96 victoires contre 95)
- et donc le Real est éliminé de la Champions League

Oui, première élimination depuis 4 ans, puisque triple tenant du titre, rien d’infamant à être éliminé une fois de temps en temps.
Mais plus que le résultat ou l’élimination ce sont les causes qui sont à pointer du doigt tant elles sont grotesques pour un club de ce standing.

Florentino Perez, capable de virer Carlo Ancelotti après une élimination en 1/2 finale - face à une Juve en réussite - alors qu’il venait d’offrir la si désirée Decima un an plus tôt est un des premiers responsables de la débâcle.
Une débâcle annoncée finalement qui ponctue la saison d’une gouvernance dénuée de prévision, naviguant à vue, coutant cher au passage à la carrière de Lopetegui.

Depuis le dernier article (« Quand les colosses s’érodent »), un fait de communication est survenu, s’ajoutant aux fausses notes des joueurs. L’agent de Bale suite aux critiques récurrentes et en grande partie justifiées a jugé bon de préciser qu’à Madrid on devrait « baiser les pieds » de son joueur.
Le Real avec un grand « R » fait tout à l’envers.

Comme un symbole

Comme un symbole, venant tout droit du capitaine, illustrant avec enthousiasme tout le manque de lucidité du Real avec un grand « R », Sergio Ramos décida - décida ! – de rater ce Real-Ajax.

L’air de rien, comme si le Real Madrid de cette saison, celui de ces dernières semaines, et surtout celui d’Amsterdam, pouvait se permettre de sous-estimer un adversaire.
Le Real fait tout à l’envers.

D’ailleurs fliqué par l’UEFA, sa suspension pour son carton jaune volontaire - à peine dissimulé pour une faute grossière et gratuite sur Dolberg - a été ajustée à deux matchs au lieu d’un pour lutter contre ce type de calcul de la part des joueurs.

Ramos brille et vrille par son absence.
Autant le capitaine a donc fait remarquer son importance par son absence, autant il est impossible de comprendre comment l’idée a pu lui traverser l’esprit que son équipe disposait d’une marge confortable avec une victoire 1-2 aux airs de hold-up face à un Ajax ultra dominant, dont l’expression du football frise la perfection à un peu de réalisme près. (Ce même réalisme survenu hier soir pour un juste retour des choses).

Deux hypothèses pour pardonner :

1) Admettons que le défenseur central n’était pas assez bien placé lors du match aller pour prendre toute la mesure de la qualité offensive de l’Ajax.

Dans ce cas espérons qu’hier soir il ait profité de sa place en tribune pour savourer ce football qui fait défaut au Bernabeu cette saison.

2) Admettons que Sergio Ramos souffre de quelques crises d’amnésie lui ayant fait croire qu’il était toujours dans les années bénies de Zinédine Zidane.

Qu’il s’estime heureux l’UEFA se chargera de la piqure de rappel pour la suspension lors de son prochain match de coupe d’Europe.

La correction

Hakim Ziyech avait montré la voie très tôt avec le premier but dès la 7’ minute, alors que sur l’action précédente la tête de Varane était venue s’écraser sur la barre d’Onana ; tournant d’un match à quasi sens unique, tant la défense du Real n’a pas su contenir les attaques adverses.

Dans cette élimination cinglante, où Neres s’est fendu d’un grand pont (en talonnade ! ‘Madre Mia !’) sur Carvajal, puis Tadic s’est permis de faire un clin d’œil à Zidane - dont Bernabeu est orphelin - en réalisant ni plus ni moins que « sa » fameuse roulette avant de délivrer le caviar du 0-2 à ce même Neres, tout le monde a brillé côté néerlandais.

La soirée porte ouverte, l’exhibition, continuait dans ces beaux murs de Santiago Bernabeu, formidable monument aux allures de galerie recevant une expo de gestes techniques, lorsque Tadic en seconde mi-temps profitait de ce défilé d’œuvres d’art pour dessiner une nouvelle roulette, avant de sonner Bernabeu sur une nouvelle merveille d’enroulé du gauche envoyant le ballon en lucarne, tel le crochet du KO. A en décrocher les mouchoirs des socios.

But de Marco Asensio, encore lui, toujours lui, l’entrant décisif de la C1.
Au moment où le Real est gagné par l’infime espoir d’une démente remontada pour un 3-3, Schöne, insouciant, claque un coup-franc incroyable en toute simplicité, 1-4.
Un coup-franc renversant (qui s’apparente à celui de Juninho contre le Barça en 1/8), qui éclabousse un peu plus la soirée de la classe made in Amsterdam.
Un but PlaystaSchöne.

Maux de la fin

Le Real échec et mat
Si on devait donc retenir une seule image côté madrilène face à cette flopée de chefs-d’œuvre ce serait sans doute cette ineptie de Sergio Ramos, ce raisonnement ahurissant, un symbole du Real Madrid version 2018/2019, suicidaire !

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