XV DE FRANCE – ÇA A MAL TOURNEE

Crédit photo : Isabelle Curé


Il est des scénarios qui se répètent, des situations qui recommencent encore et encore. Comme une histoire sans fin, sans issue. Pourtant, l’ambition était là, les joueurs se disaient prêts, le staff confiant. L’espoir fait vivre, la réalité sur le terrain est tout autre.

Objectif du Président de la Fédération Française, Bernard Laporte, trois victoires. Trois victoires qui se sont converties en quatre défaites. Dans cette quête finalement déchue, Guy Novès et son staff avaient concocté un groupe remanié face aux nombreuses blessures de leurs joueurs cadres. Sous les feux des projecteurs, des jeunes aux cotés de joueurs peu expérimentés. Les individualités de chacun mises au profit du collectif auraient dû mener à une équipe compétitive et de qualité. Résultat ? Une équipe parfois attentiste, dépassée, sans solutions, n’arrivant pas à mettre en place un jeu plaisant, et ce pendant toute la durée de la tournée.

Acte 1-Scène 1 : France VS Nouvelle-Zélande, Stade de France

C’est dans un stade plein que les joueurs s’élancent face caméras pour livrer bataille. Un combat qui s’annonce rude face à des All Blacks difficile à battre. Les hymnes résonnent, le Haka retentit. Les Bleus ne semblent pas plus impressionnés. Et pourtant, ils seront tout au long du match l’ombre d’eux-mêmes. Des Bleus hagards et attentistes, spectateurs des Blacks.

Crédit photo : Isabelle Curé

Les néo-Zélandais débloquent très rapidement leur compteur : ils ouvrent le score avec un essai à la huitième minute. Déjà 0-7. Ils viennent planter le décor d’une rencontre qui s’annonce compliquée pour les Tricolores.

Les minutes s’écoulent, le match tourne toujours à l’avantage des Blacks : pénalité et nouvel essai transformé, le tableau d’affichage indique alors 0-17. L’équipe de France réagit tout de même avec un essai de Teddy Thomas. Essai non transformé, mais l’espoir revient et laisse entrevoir un sursaut d’orgueil des Français. En vain, les Blacks enfoncent le clou et viennent anéantir tout espoir de victoire avec deux nouveaux essais avant la mi-temps. Ils mènent alors 31 à 5.

Crédit photo : Isabelle Curé

Au retour des vestiaires, les hommes de Guy Novès réagissent, ils essayent et tentent. Ils seront récompensés avec une pénalité dès l’entame de la seconde période. Puis, ils marqueront. Enfin, avec l’aide de Sonny-Bill Williams qui, sur une passe au pied d’Anthony Belleau, éjecte le ballon hors des limites du terrain, double sanction : carton jaune et essai de pénalité. Ensuite, la France ne cessera de défendre. A force de persévérance, les All Blacks arrivent à trouver la faille et marquent un nouvel essai qui vient sonner le glas : 18-36. La fin de match est terrible, le score est là, l’échec aussi. Les joueurs ont semblé spectateurs, figurants de la première heure. Aucun n’a été capable de faire basculer le match à l’exception peut-être d’Antoine Dupont qui a réalisé une bonne prestation.

En perdant son premier match, le XV de France vient d’épuiser son joker : une défaite en quatre rencontres. L’équipe de France n’a plus le droit à l’erreur.

Couper-Action

Cette fois, c’est à Lyon que l’équipe de France a rendez-vous avec la Nouvelle-Zélande. Une toute nouvelle équipe s’apprête à affronter les Blacks. Nouvelle équipe pour un match de gala un jour de semaine. Sans enjeu donc. A part celui de retrouver la gagne, la victoire avec la manière.

Les joueurs entrent en scène en quête d’un succès. Ces Bleus montrent un tout autre visage que ceux qui ont défiés les Blacks quatre jours auparavant : plus déterminés, plus soudés aussi, mais surtout qui jouent dans l’avancée. Toutefois, ceux sont les hommes en noir qui scorent en premier : 0-7. La réaction des Tricolores ne se fait pas attendre : cinq minutes plus tard, Gabriel Lacroix, après un beau mouvement collectif, vient aplatir derrière l’en-but. L’équipe de France revient à hauteur : 5-7.

Les Néo-Z répondront quelques minutes plus tard avec un essai signé Matt Duffie, ils prennent ainsi un peu plus le large. C’était sans compter sur la rapidité du Rochelais Gabriel Lacroix qui intercepte le ballon et file dans l’en-but 80 mètres plus loin. Il signe là un magnifique essai qui remet dans la course les Bleus.

Les Tricolores rentrent au vestiaire avec un petit point d’avance après une pénalité de François Trinh-Duc : 15-14. Le début de la rencontre est prometteur. Mais en seconde période, les Bleus n’avancent plus, ils essayent pourtant, jouent mais les Blacks sont bien plus forts. Ils inscrivent d’ailleurs deux essais en cinq minutes : 15-28. Le staff décide de faire rentrer du sang neuf, le banc se vide, le score ne bouge plus. Il faudra attendre la 73ème minute pour voir Henry Chavancy marquer, et laisser l’illusion que l’histoire pourrait ne pas se répéter. Un seul essai, c’est ce qu’il manque au XV de France pour espérer remporter le match. Un seul essai, qui ne viendra jamais.

La France concède une nouvelle défaite. Pourtant, sur le terrain, les joueurs ont su montrer un tout autre visage, ils ont mis du rythme dans leur jeu mais ont manqué d’automatismes. Et il semblerait que certains d’entre eux aient « marqué des points », à l’image de Gabriel Lacroix ou de Sekou Macalou.

 

Bis repetita

Une semaine après l’échec face aux All Blacks, au casting d’une distribution Made in XV de France, les acteurs restent les mêmes. Une seconde chance, histoire de pouvoir se racheter. De montrer un autre visage, celui d’une équipe déterminée capable d’affronter les plus grands.

Déterminés et plus combatifs, les joueurs le seront. Ce qui n’empêche pas les hommes de Guy Novès de prendre huit points d’entrée de jeu : 0-8. Les Sud-Africains sont beaucoup réalistes et enchainement les mouvements. Ils assomment les Français, certains seront contraints de sortir. Mais l’envie de gagner est bien là. Le jeune Anthony Belleau réussit à conclure un mouvement collectif approximatif et marque ainsi son premier essai sous le maillot bleu : 7-8.

Crédit photo : Isabelle Curé

Les Bleus filent au vestiaire avec encore l’espoir de créer la surprise. A la reprise, ils passent devant au tableau d’affichage : trois points de plus inscrits par le Toulonnais Anthony Belleau. L’espoir renaît, mais le rugby français devient illisible : fautes en pagaille, répétitions de passes approximatives et mauvais choix. Sans grande conséquence jusqu’à ce tirage de maillot de Baptiste Serin. Dix minutes au chaud, et les Springboks repassent devant. Les Français encaisseront un essai, voilà les Sudaf à huit longueurs.

De retour sur le terrain, Baptiste Serin marque : 17-18. Encore quatre minutes pour voir le score tourner à l’avantage des Tricolores. Quatre minutes, bien trop court pour que les Boks rentrent à la maison sans victoire. Quatre minutes en vain. Les Bleus ne passeront jamais devant. Ils s’inclinent, une fois de plus, une fois de trop pour un public qui se lasse de voir une équipe échouer match après match.

Crédit photo : Isabelle Curé

Les joueurs français ont limité la casse en perdant avec seulement un point d’écart. Ils peuvent remercier Handré Pollard, buteur malheureux qui aurait pu donner beaucoup plus d’avance à son équipe s’il n’avait pas échoué à plusieurs reprises. Et puis l’arbitre aussi, qui, sur la faute de Baptiste Serin aurait pu accorder un essai de pénalité. Les Bleus devront se contenter du peu, il ne leur reste plus qu’un match, un seul pour sauver la tournée et redorer le blason d’une équipe qui ne fait plus rêver personne.

 

En avant-première

A Nanterre, la  UArena, salle obscure, accueille les protagonistes d’un dernier épisode qui se doit de sauver l’honneur. A l’affiche de ce France-Japon, de nouveaux Bleus : Gabriel Lacroix, Sekou Macalou et Henry Chavancy font leur entrée.

A priori le public, venu découvrir ce « nouveau temple du rugby », s’attendait à un match alliant jeu et essais sans effets spéciaux. Une rencontre marquée d’un festival d’essais, sans pour autant dénigrer l’adversaire nettement à la portée de l’équipe de France. Le sport n’est pas une science qui exacte, loin de là.

Crédit photo : Isabelle Curé

Les Japonais ouvrent le score en premier, déjà dans la construction d’un jeu qu’ils ne cesseront de développer au cours de la rencontre. Vitesse, rapidité, jeu à la main, coups de pieds rasants, gestes techniques, et voilà les Bleus déjà à la peine.

Ils reviennent toutefois à hauteur par l’intermédiaire de François Trinh-Duc avant d’encaisser un essai : 3-8 à la 24ème minute. L’ouvreur tricolore recolle au score, l’équipe s’efforce de proposer un jeu beaucoup plus construit. Rabah Slimani est à la conclusion d’un mouvement plus ou moins construit du côté tricolore. Transformé, le XV de France passe pour la première fois de la rencontre devant juste avant la mi-temps. Mais pas pour longtemps.

A la pause, la Coupe Webb Ellis est, elle aussi, venue découvrir cette salle si obscure. Jeu de lumière et stade plongé dans le noir pour une Coupe qui vient célébrer l’obtention de l’organisation de la Coupe du monde 2023 en France. Elle laisse ensuite la place aux autres stars de cette soirée, les Japonais. Car pour le moment les hommes en rouge et blanc jouent, et jouent bien. Ils posent concrètement des difficultés aux Bleus.

Crédit photo : Isabelle Curé

La seconde période démarre sous les chapeaux de roue : essai des Japonais après deux minutes de jeu. Et les revoilà devant au tableau d’affichage. La France continue de balbutier son rugby. Mais un éclair de génie laisse entrevoir que la victoire est encore possible. Une magnifique passe au pied de François Trinh-Duc arrive à point nommé dans les bras de Gabriel Lacroix qui marque son premier essai, auteur quelques minutes plus tard d’une faute sanctionnée par un  carton jaune.

A quinze ou à quatorze contre quinze, la France n’avance plus, elle recule sur chaque impact. Sa défense est à reculons, sans grande agressivité, les Japonais en profitent pour prendre les devants. Dominateurs, ils le sont, marqueurs aussi. Alors que la France avait inscrit trois nouveaux points, les Japonais recollent au score : 23-23 de part et d’autre. Transformation non réussie. Il reste alors sept petites minutes aux Japonais pour créer l’exploit : match nul ou victoire, dans tous les cas la montée des marches est assurée. Finalement, ce sera un match nul. Le Japon a tenu en échec des Bleus encore une fois dépassés par l’évènement. La raison ? Le terrain synthétique ? L’éclairage? La première dans ce « stade » ? Ou un manque cruel de jeu ? En tout cas, le Japon est venu, à jouer et à « gagner ». Ce « 23-23 », écrit sur le plus grand écran géant, annonce la fin d’une tournée catastrophique, aux allures de néant. Venant aussi sceller l’issue d’une tournée finalement à sens unique, celui de la défaite.

Crédit photo : Isabelle Curé

Il est des tournées qui ne ressemblent à aucune autre, elle ressemble étrangement à celle de juin sans aucune victoire. Chaque match, chaque épisode est bien différent. Ecrit par un scénario parfois triste, sans artifices ni suspense. La défaite face aux All Blacks, fatalité peut-être qui aurait pu faire réagir les Bleus. Des Bleus qui ont peiné face aux Sudaf. Proposant même un remake de France-Nouvelle Zélande enregistré deux semaines plus tôt, face aux Japonais.

Aux yeux du monde, la France n’est plus une grande nation du rugby. Cette tournée n’a fait que confirmer le sentiment d’impuissance des Tricolores. Pâles, sans jeu, attentistes. Difficile de croire que cette équipe sera apte à rivaliser dans le Tournoi des Six Nations en février. Réponse au prochain épisode.

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